André PHILIP

Cette biographie reprend pour l’essentiel la notice rédigée par Gilles Morin et Justinien Raymond pour Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, complétée par des éléments sur l’action d’André Philip dans les MJC par Laurent Besse

André PHILIP (1902-1970) Economiste, résistant, député socialiste, ministre du Gouvernement provisoire et de la IVème République. Il fut l’un des pères des Maisons des Jeunes et de la Culture et le président de la FFMJC des origines à 1968.

Né à Pont-Saint-Esprit (Gard) le 28 juin 1902, décédé à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine) le 5 juillet 1970. Fils de Louis Philip, officier qui décède quand il a 9 ans et de Gilberte Vincent. Sa mère est d’une vieille famille protestante cévenole.

La formation d’un intellectuel curieux de son temps

Il fait des études secondaires au lycée de Marseille (élève de Le Senne) et passe ses étés en Allemagne. A Paris, il passe sa licence en droit en 1922, tout en travaillant à mi-temps chez un avoué. Il a Léo Lagrange pour condisciple. Il fait deux séjours à Londres pour apprendre l’anglais et étudier les problèmes des travailleurs anglais. Il rédigea sa thèse de doctorat en sciences économiques sur le Guild socialism et rédigea en 1924 une seconde thèse de droit consacrée au droit syndical. Grâce à une bourse d’études, il passa deux ans aux Etats-Unis où il exerça différents métiers dont celui d’ouvrier agricole et s’intéressa à la question sociale. Refusant de préparer l’inspection des Finances, il fut reçu premier au concours de l’agrégation d’économie politique en 1926, à 24 ans. Il fut alors nommé à la faculté de droit de Lyon. D’un séjour aux Indes en 1928-1929, il publia un ouvrage sur l’administration britannique et les problèmes coloniaux.

Premiers engagements

Ses premiers engagements allèrent à la Fédération des étudiants protestants dont il devint président et à la Fédération française des étudiants chrétiens où il milita de 1920 à 1924 et dont il fut vice-président. Il adhéra également aux Étudiants socialistes en 1920, participant activement aux polémiques avant le congrès de Tours. Plus tard, il affirma que son protestantisme avait déterminé son engagement politique, que son choix du socialisme résultait d’une analyse économique. Protestant, il était un des rares intellectuels socialistes qui conserva toute sa vie, outre sa foi, des liens avec son milieu d’origine et il fut un des animateurs du mouvement social chrétien et de la presse chrétienne sociale durant plus de quarante années. En 1969, dans une de ses dernières conférences intitulée « Valeurs, conviction et action », il déclara : « Ce qui m’a guidé, c’est une foi calviniste (d’un Calvin un peu réchauffé par le soleil du midi). » Il ajoutait que Romain Rolland, Jaurès, Péguy et le pasteur Karl Barth avaient eu une influence déterminante sur lui. Du calvinisme, il avait intégré dans sa philosophie politique les notions d’engagement, de recherche individuelle, de primauté de l’individu, valeurs qu’il développa dans son action et ses écrits.

Socialiste et chrétien

Tout d’abord rallié au marxisme dans les années 1923-1924, il fut ensuite influencé par le mouvement fabien anglais. Puis, ayant lu Henri de Man, il se fit le propagateur en France des idées du théoricien socialiste belge. Il publia en 1928, Henri de Man et la crise doctrinale du socialisme, résumé, relu et approuvé par le théoricien belge de son ouvrage majeur Zur Psychologie des Sozialismus, traduit en français en 1927 sous le titre Au-delà du marxisme. Il devint un des représentants du groupe des « planistes » et publia de nombreux ouvrages ou brochures, pacifistes, planistes, ou à caractère social comme Le christianisme et la paix, La crise et l’économie dirigée, Le socialisme et les classes sociales. Parallèlement à ces activités, il s’inscrivit au barreau pour défendre les objecteurs de conscience et anima des cours dans des écoles d’éducation syndicale et ouvrière où il donnait des conférences. Il était aussi président de la section française des socialistes chrétiens. André Philip prit part aux débats intérieurs de la SFIO, participa au congrès de Nancy au nom de la Fédération du Rhône mais son discours « social-chrétien » déplut à ses camarades, très pointilleux en matière de laïcité qui refusèrent par la suite de le déléguer de nouveau à un congrès national. Aussi, siégea-t-il aux congrès suivants comme délégué de la Fédération de l’Ardèche, à majorité protestante. Opposé à la participation ministérielle que défendait la majorité des élus, il collabora occasionnellement à la Bataille socialiste et participa à l’activité de Révolution constructive dont il était un des inspirateurs. André Philip fut aussi un membre actif du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes. Théoricien, propagandiste, enseignant, intellectuel engagé, il ne dédaignait pas pour autant le combat politique sur le terrain. Il posa sa candidature pour la première fois aux élections générales de mai 1926 dans le district ouvrier de la Guillotière à Lyon. Son premier mandat électif fut celui de conseiller général du Rhône ; élu en 1932, il le demeura jusqu’en 1938. Après être arrivé en tête et avoir mis en ballottage aux élections municipales de 1935 Édouard Herriot, maire de Lyon, il prit sa revanche aux élections législatives de mai 1936 dans la 4e circonscription de Lyon.

Le parlementaire

Dès son premier mandat, son action parlementaire fut importante : membre de la commission des Finances et de la commission spéciale chargée d’examiner les projets de lois sociales, il rapporta notamment deux projets de loi essentiels pour les réformes du Front populaire — la semaine de quarante heures dans les établissements industriels et commerciaux et la fixation de la durée du travail dans les mines — et présenta le budget général des Travaux publics apparaissant rapidement comme un des rares élus socialistes spécialistes des problèmes financiers. Il milita également activement dans le Comité pour l’enquête sur les procès de Moscou. Devant la montée des périls, André Philip abandonna les thèses pacifistes avant les accords de Munich auxquels il s’opposa. Partisan de la motion Zyromski au congrès de Royan de la SFIO, il lança un appel au congrès pour la fusion avec la motion Blum.

Son action dans la Résistance

En septembre 1939, Philip s’engagea volontairement et fit la campagne de France comme agent de liaison auprès du corps expéditionnaire britannique. Envoyé en mission au début de 1940 aux États-Unis, il revint peu avant l’armistice. A Vichy, il fut un des trente-six députés socialistes à voter contre les pleins pouvoirs à Pétain, le 10 juillet 1940. Démobilisé, André Philip reprit ses cours à la faculté de droit de Lyon pendant quelques mois, puis alla habiter à Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire) où il s’occupa de réfugiés. Il impulsa l’activité résistante de ses camarades socialistes du Rhône et fut un des organisateurs du Comité d’action socialiste puis du Parti socialiste clandestin. Membre du Comité directeur de Libération-Sud, il aurait refusé de prendre la direction du mouvement à la veille de son départ pour Londres. Recherché par la police et la Gestapo, il vécut durant deux mois dans le maquis. Il se rendit à Londres pour représenter la Résistance métropolitaine au sein du Comité national le 22 juin 1942. Nommé commissaire national à l’Intérieur au Comité de Libération nationale en 1942 à Londres, il s’opposa à la majorité des adhérents du groupe Jean-Jaurès qui lui reprochaient de ne pas privilégier l’action du parti. Avec la minorité du groupe, il s’efforça de « démocratiser » la France libre. Il fut aussi chargé d’une mission auprès de Roosevelt en vue d’obtenir la reconnaissance officielle de la France libre par les USA. Ce voyage fut un fiasco, André Philip rata son premier rendez-vous à cause d’un retard de transport et ne parvint pas à s’entendre avec le président américain sur la question de l’administration des territoires libérés lors d’une entrevue, le 20 novembre 1942. Débarqué à Alger avec le général de Gaulle le 30 mai 1943, il participa aux réunions restreintes avec le général Giraud qui aboutirent à la formation du Comité français de libération nationale dans lequel il fut désigné comme commissaire à l’Intérieur, le 3 juin 1943. A ce titre, il eut la responsabilité des questions de jeunesse. Le 8 novembre 1943, il changea d’attribution, devint commissaire d’État du CFLN chargé des rapports avec l’Assemblée consultative provisoire et le demeura jusqu’au 9 septembre 1944.

L’effervescence de l’après-guerre

Rentré à Paris après la Libération, André Philip devint un des personnages majeurs de la SFIO et du nouveau régime. Favorable à une ouverture du parti aux membres de la Résistance et à une formation « travailliste », il se montra dès le début très réticent dans le débat sur la réalisation de l’unité ouvrière avec le PCF. Son activité parlementaire de 1944 à 1951 fut considérable. Il siégea à l’Assemblée consultative à partir du 7 novembre 1944, puis fut réélu député de la première circonscription du Rhône, aux deux Assemblées constituantes, le 21 octobre 1945 et le 2 juin 1946, puis en novembre 1946 à la première Assemblée de la IVe République. En novembre 1944, il avait été de nouveau désigné comme rapporteur général de la commission des Finances et du budget ; il y développa sans succès des thèses parallèles à celles de Pierre Mendès-France sur une nécessaire rigueur. Dans le débat sur le budget de 1946, il appuya, de tout son talent d’orateur, la demande de diminution de 20 % des crédits d’armement. Cette exigence fut un des motifs du départ du général de Gaulle quelques semaines plus tard. Il présida la commission d’étude du problème des rapports entre l’enseignement public et l’enseignement privé, de novembre 1944 à février 1945, fut président de la commission de la Constitution à deux reprises, du 20 novembre 1945 au 20 janvier 1946, puis après l’échec du premier projet de juin à novembre 1946.

Il participa à trois gouvernements à direction socialiste. Nommé ministre de l’Économie nationale et des Finances par Félix Gouin le 26 janvier 1946, sur la recommandation expresse de Léon Blum, il assuma, avec un intermède de quelques mois — de juin à décembre 1946 — les mêmes attributions dans le cabinet Léon Blum ; dans le gouvernement de Paul Ramadier, il conserva l’Économie nationale mais perdit les Finances. Toujours « planiste », il se montra, dans cette période difficile où l’économie était à reconstruire, partisan de l’austérité et du dirigisme. Il tenta de mettre en place une baisse autoritaire des prix. Il poursuivit les réformes de structures commencées sous le gouvernement précédent, (nationalisations de banques...), créa l’INSEE et le Conseil supérieur de l’Économie. Pour n’avoir pas établi le bilan du gouvernement de Gaulle, pour s’être opposé aux hausses des salaires sans avoir pu contenir les hausses de prix en dépit de la tentative d’imposer une baisse autoritaire des prix de 10 % durant le ministère Blum, il fut critiqué par la gauche de son parti, le PCF et la CGT Devant les réserves suscitées par sa politique économique, il menaça de démissionner en avril 1947. Il fut écarté du gouvernement, ainsi que François Tanguy-Prigent, lors de la dernière tentative de remaniement du gouvernement Ramadier, le 22 octobre 1947.

André Philip assuma dans les années qui suivirent la Libération de nombreuses autres fonctions : il fonda et exerça les fonctions de directeur politique d’un éphémère journal, Cité-Soir, qui fit faillite en 1946. Il prit une part très importante à tous les débats portant sur l’organisation de l’Europe qui fut son grand combat dans les années suivantes. Élu président du comité exécutif international du Mouvement démocratique et socialiste pour les États-Unis d’Europe de 1950 à 1964, il était membre du bureau du Mouvement européen et directeur du bulletin la Gauche européenne.

L’homme des MJC

Le 19 septembre 1944, quelques jours après la Libération de Lyon, il prenait l’initiative de fonder une fédération « des foyers, cercles, maisons de la Jeunesse de France dite la République des Jeunes ». Cette association regroupait des personnalités, des représentants de mouvements de jeunesse et de syndicats (CGT, CGA), sous la présidence d’André Philip. Elle se fixait pour objectifs de susciter des maisons des jeunes et de prendre en charge celles qui avaient été créées sous Vichy. Ces dernières furent dissoutes au cours du premier semestre 1945 et seules 37 sur 350 poursuivirent leur action après un temps de fermeture.

La République des jeunes, rapidement transférée dans la capitale, peut être très schématiquement présentée comme une tentative pour faire coexister le pluralisme des mouvements de jeunesse, avec une volonté de rationalisation ou d’efficacité. Les maisons des jeunes qu’elle entendait promouvoir étaient présentées comme des « institutions ». Elles se voulaient donc ouvertes à tous, ce qui les distinguait des mouvements de jeunesse, réservés aux seuls jeunes qui acceptaient l’idéal éducatif du mouvement (Scouts, Eclaireurs, jeunesses politiques…). Elles visaient en particulier ceux qu’on appelait alors « les isolés », puis plus tard, « les inorganisés », c’est-à-dire l’immense majorité des jeunes qui n’appartenaient pas à un mouvement. Concrètement, cette orientation supposait la mise à disposition d’un bâtiment afin de proposer des activités éducatives et de permettre la rencontre des différents mouvements de jeunesse et des autres jeunes. Le projet de la République des jeunes ne devait pas résister aux difficultés de l’après-guerre, ni aux tensions entre les différents mouvements qui la constituait.

Elle se transforma en Fédération des Maisons des jeunes en 1946, puis en FFMJC (Fédération française des Maisons des jeunes et de la culture) en 1948 : le changement de dénomination indiquait l’effacement des mouvements de jeunesse et des représentants des grandes familles spirituelles. Sans l’action d’Albert Léger, inspecteur détaché par l’administration de la Jeunesse et des Sports auprès de la fédération, il est peu probable que cette dernière aurait survécu. Mais il ne fait aucun doute que la présence d’André Philip fut décisive dans la difficile naissance de la FFMJC. Il fut confirmé dans ses fonctions de président lors de la transformation de la Fédération des Maisons des jeunes en FFMJC en 1948 et conserva cette fonction jusqu’en 1968 S’il était aidé par des administrateurs permanents, André Philip n’en assurait pas moins la direction de ce qui devint à partir de la fin des années cinquante, l’une des principales associations d’éducation populaire en France, la première à bénéficier d’animateurs salariés. André Philip prit part à des dizaines de réunions de conseil d’administration et de bureau fédéral et se trouva confronté à la gestion d’une association gérant un budget important à partir de 1959 et qui employait plus de 400 salariés dix ans plus tard. Cette action permet de compléter et de corriger quelque peu l’image d’un André Philip souvent présenté comme un intellectuel brillant mais peu porté vers les réalisations concrètes.

Le socialisme trahi

Son rôle dans le Parti socialiste restait important mais il quitta progressivement le premier plan de la scène nationale, surtout après 1951 où il fut battu aux élections législatives. Il apparaissait comme un original, souvent qualifié de « lunaire », dans une SFIO où la mesure était de rigueur. Dans les débats sur la CED, il fut ultra-européen et prit des positions pour la discipline qui lui furent reprochées par la suite.

Son originalité se manifesta notamment lors de la guerre d’Algérie. André Philip s’était intéressé très tôt aux questions coloniales mais ses positions avaient beaucoup évolué depuis son séjour aux Indes où il avait rencontré Gandhi à la fin des années vingt. Avant guerre, il n’accordait pas de priorité à la question coloniale. Sa condamnation du colonialisme de conquête ou de maintien était le fait de son pacifisme. Durant la guerre, alors que le gouvernement provisoire siégeait à Alger, il aurait suggéré à de Gaulle d’accorder à l’Algérie l’autonomie politique demandée alors par Ferhat Abbas. Il rédigea aussi à cette époque un projet de Constitution fort avancé sur les problèmes coloniaux, avant de se montrer un farouche partisan du fédéralisme lorsqu’il dirigeait la commission de la Constitution. Au Comité directeur de février 1946, lors des premiers débats sur le statut de l’Algérie, il proposa la constitution de deux collèges, un pour les « gens instruits », le second pour les autres. Il se situait donc parmi ceux que l’on désignait alors sous le vocable de « libéraux » et non parmi les anticolonialistes, mais fut toujours un adversaire farouche de la répression.

En janvier 1956, il était de ceux qui poussaient Guy Mollet à assumer la direction du gouvernement et qui approuvaient les pouvoirs spéciaux, sans réserves. Cependant, il critiqua, au congrès socialiste de Lille en juillet 1956, l’utilisation qui était faite de ces derniers. La rupture définitive avec la direction socialiste se produisit à l’automne 1956. A son opposition politique, s’ajoutèrent le problème de l’intervention à Suez et la dénonciation de la torture. Là aussi l’attitude d’André Philip ne fut pas exempte de contradictions. Au comité directeur du 5 septembre 1956, il se montra favorable à une intervention contre l’Égypte. Pour André Philip, l’affaire de Suez agit comme un révélateur. Au congrès extraordinaire de la Fédération de la Seine et au conseil national de décembre 1956, il posa la question suivante : l’intervention en Egypte n’avait-elle pas facilité l’intervention en Hongrie en libérant les mains des Russes à l’Est ? La publication dans l’Express du 21 décembre de son discours au Conseil national du 15 décembre lui valut d’être traduit devant le Comité directeur le 22 janvier 1957. Son argumentation fut ensuite développée dans Le Socialisme trahi, qui constitue une référence classique, une des plus sévères condamnations du « molletisme » venue des rangs socialistes. Il fut sanctionné en 1957 par une suspension de délégation, puis exclu de la SFIO le 25 janvier 1958. En mai 1958, hostile à un retour au pouvoir du général de Gaulle sous la pression de l’armée, il lui écrivit pour lui demander de condamner l’acte d’Alger mais n’obtint qu’une sèche fin de non-recevoir. Le 28 mai, il était au premier rang de la manifestation républicaine. Depuis le début de l’année 1958, il participait activement aux activités des forums de l’Express avec ses amis minoritaires socialistes, les militants de l’UGS et les mendésistes. Militant à l’Union des forces démocratiques avec ces groupes contestataires ainsi que le Comité des universitaires et la fraction de l’UDSR qui suivit François Mitterrand, il se prononça pour la formation d’un parti travailliste et la transformation de l’UFD en parti politique. Il rejoignit néanmoins ses amis minoritaires au PSA, sans illusions semble-t-il. Il participa au congrès du PSA de Montrouge en mai 1959, comme délégué de la Fédération de la Seine ; son discours fut publié en brochure. Il fut élu membre du CPN du PSU par son Ier congrès en avril 1960 mais se trouvant très vite en désaccord avec cette organisation, notamment sur le référendum sur l’autodétermination de l’Algérie auquel il était favorable, il donna sa démission le 1er juillet 1962 et se rapprocha du général de Gaulle.

Contre tout cléricalisme

Il avait déjà privilégié l’action en faveur de l’Europe et surtout celle en faveur des pays en voie de développement. En 1967, il fut détaché de la faculté de droit et devint président du centre de développement de l’OCDE. En 1969, il se prononça pour le « oui » au référendum qui vit le départ du général de Gaulle, puis vota pour Michel Rocard au premier tour des élections présidentielles et pour Georges Pompidou au second.

L’année 1969 le vit démissionner définitivement de ses fonctions à la FFMJC. En avril 1968, il avait déjà quitté la présidence, demeurant toutefois membre du bureau. Le départ du « président Philip » avait été fracassant, l’intéressé justifiant sa démarche dans une diatribe publiée dans Le Monde. Il y mettait violemment en cause la collusion de fait entre le ministre de la Jeunesse et des Sports Missoffe désireux d’affaiblir une fédération devenue trop puissante au goût de l’Etat et le syndicat CGT des directeurs professionnels de MJC, qu’André Philip accusait d’être aux mains du Parti communiste. Cette démission suscita une profonde émotion parmi les militants des MJC et contribua à déséquilibrer une fédération où la question de la présidence ne s’était jamais posée. L’année suivante, Philip prit le parti de ceux qui firent scission de la FFMJC pour fonder une fédération dissidente – la future UNIREG. Il appuya l’action de Lucien Trichaud, initiateur de la scission, qui bénéficiait du soutien du ministre Joseph Comiti, désireux de décentraliser l’organisation de la FFMJC mais également de remettre de l’ordre dans des MJC jugées subversives. Le choix d’André Philip fut suivi par une majorité des délégués régionaux et par certains des militants les plus anciens. Toutefois, moins d’une MJC sur trois fit de même, souvent des MJC rurales. Mais ce qu’il faut bien appeler l’échec de la scission n’ébranla pas André Philip qui dans une Lettre à un ami qui n’a pas encore démissionné revenait sur les raisons de son choix et rappelait que pour lui une institution n’avait d’autre fin que la cause qu’elle était supposée servir : la FFMJC avait fait son temps selon lui et s’était ossifiée. Le reste n’était que « cléricalisme ». Cette rupture nécessaire n’en était pas moins douloureuse et André Philip devait confier en 1970 que les MJC « furent l’expérience la plus douloureuse de (sa) vie » (dans André Philip par lui-même, 1971, p. 257).

André Philip avait épousé Mireille Cottart, fille d’un pasteur protestant, ils eurent cinq enfants entre 1925 et 1938. Olivier, l’aîné, a mené une carrière de haut-fonctionnaire (préfet) et a été associé à la vie des MJC, puisqu’il était jeune directeur de cabinet de Maurice Herzog, haut-commissaire à la Jeunesse et Sports entre 1958 et 1965, au moment du grand essor des MJC.

Références : Deux sources majeures :

Notice André PHILIP de Gilles Morin et Justinien Raymond dans Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Les Editions de l’Atelier, version révisée sur CD-ROM, 1997. [Ce CD-ROM peut être consulté dans les principales bibliothèques] Christian Chevandier et Gilles Morin, André Philip, socialiste, patriote, chrétien, actes du colloque « Redécouvrir André Philip », Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 2005, 503 p. Ce dernier ouvrage comporte en annexe un bibliographie systématique.



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