Roger BRULEY

(2 février 1927 Saulieu, Côte d’Or - 5 juin 2002 Corbeil-Essonnes, Essonne)

Directeur de MJC, militant et élu communiste, il fut un responsable syndical actif au moment des tensions entre la FFMJC (Fédération française des Maisons des jeunes et de la culture) et l’administration de tutelle entre 1964 et 1969

Fils d’un plâtrier de Saulieu, il fit ses études jusqu’au brevet élémentaire. A partir de l’automne 1943, il gagna un maquis de Côte d’Or. A la Libération, il s’engagea comme volontaire dans la Marine pour achever la guerre contre le Japon. Il fut affecté en Indochine pendant 5 ans, où il acquit la qualification de radio-télégraphe. De ce séjour, il date le début de sa prise de conscience politique, liée à la découverte de l’exploitation coloniale. Il quitta la Marine en 1950 pour exercer différents métiers, avant de devenir radio-transmetteur pour le compte du SGDN (Secrétariat général de la défense nationale). Il fut en particulier en poste à Baden-Baden et à Munich, où il mit à profit son temps libre pour se constituer avec des lectures une culture politique qui lui faisait défaut. La lecture de France-Observateur en 1958 lui valut un rappel en France. Bien que subalterne, le poste était en effet considéré comme sensible.

Soucieux de trouver un emploi plus intéressant et plus en rapport avec ses convictions politiques, il fut mis en contact avec les MJC par un ami chiffreur devenu directeur de MJC. Formé sur le tas à la MJC de Courbevoie, il eut rapidement l’intuition que les Maisons des jeunes pouvaient être un lieu de « conscientisation » politique, en plus de leur rôle de promotion éducative. Il fut nommé en septembre 1959 animateur des MJC du Tarn. Dans ce département qui comptait plus de trente MJC, il mena, en collaboration avec les nombreux directeurs bénévoles, une politique de formation, organisa des tournées de spectacles et des actions de soutien aux maisons qui étaient implantées dans de toutes petites communes. Parallèlement, il devint membre du PCF, non sans difficultés souligne-t-il, en raison de la méfiance que suscitait son passé professionnel. Surtout, il prit des responsabilités au syndicat FEN-CGT des directeurs de MJC. Au début des années soixante, ce syndicat regroupait la quasi-totalité de la soixantaine de directeurs en poste, quelle que fussent leurs opinions politiques, ce qui lui conférait l’aspect d’une amicale. Le recrutement de nombreux directeurs à partir de 1961 transforma la nature du syndicat, à qui ses responsables donnèrent une tonalité plus revendicative, tant sur le plan des conditions de salaires que de l’attitude jugée trop conciliante de la FFMJC (Fédération française des MJC) vis-à-vis du gouvernement qui soutenait depuis 1959 un développement rapide des Maisons des jeunes et de la culture.

En juin 1962, une scission syndicale devait déboucher sur la naissance du syndicat FEN dit autonome (rattaché à la centrale enseignante) des directeurs de MJC. La majorité des directeurs demeura membre de la CGT, où les militants membres ou proches du PCF prirent une importance croissante. Roger Bruley fut avec Daniel Billard et Michel Mayer, d’abord, puis avec Gérard Kolpak et Claude Dade-Brenjot un des artisans de la montée en puissance de la CGT et de sa structuration. Sa nomination à la MJC de Corbeil-Essonnes en 1963 facilita son activité syndicale qui avait souffert jusqu’alors de son éloignement en province.

En 1964, il mena la lutte syndicale contre le FONJEP (Fonds de coopération de la Jeunesse et de l’Education populaire). Destiné à subventionner des postes de directeurs de MJC en complétant les fonds d’Etat par ceux des communes, le FONJEP était analysé par la CGT comme un moyen pour l’Etat de transférer aux collectivités locales le coût des salaires de directeurs qu’il avait jusqu’alors intégralement pris en charge. Pour la CGT, la conséquence la plus grave du FONJEP était l’atteinte à l’indépendance des directeurs de MJC, qui risquaient d’être désormais soumis aux municipalités qui contribuaient à leur rémunération. L’adhésion au FONJEP ne fut pas ratifiée lors de l’assemblée générale de la FFMJC à Châteauroux en 1964, ce qui fut analysé comme une victoire de la CGT, et fut finalement adoptée à une courte majorité l’année suivante. Roger Bruley mena ensuite la lutte syndicale en matière salariale, réussissant à obtenir de substantielles améliorations.

A partir de 1966, il fut en première ligne dans le conflit avec le nouveau ministre de la Jeunesse et des Sports François Missoffe qui était hostile aux MJC, que son prédécesseur Maurice Herzog avait favorisées. Les directeurs professionnels étaient au centre du conflit : le ministre critiquait l’existence d’animateurs professionnels et refusait leur présence au sein du conseil d’administration de la FFMJC, où ils jouaient un rôle de plus en plus visible. Après mai 1968, Joseph Comiti devait reprendre la politique de François Missoffe et exigeait une décentralisation de la fédération qui avait pour objectif d’écarter les directeurs de la gestion de la fédération. La crise débouchait en avril 1969 sur une scission de la FFMJC et à l’automne sur les menaces du secrétariat d’Etat de retirer à la FFMJC la gestion des postes de directeurs. Après une lutte au cours de laquelle la fédération fut au bord de la faillite, ses responsables décidèrent en décembre 1969 de céder aux injonctions du gouvernement. La fédération était décentralisée et les directeurs écartés de la gestion. Roger Bruley cessa la lutte, ce qu’il vécut comme une capitulation et se démit de ses mandats syndicaux. Il avait payé un prix personnel élevé, puisque le SGDN, dont il demeurait toujours fonctionnaire avait refusé le renouvèlement de son détachement depuis le début de l’année 1969 : il avait perdu annuités de retraite et avancement. Il poursuivit sa carrière de directeur à Corbeil-Essonnes, où il était par ailleurs conseiller municipal PCF depuis 1965 et adjoint en charge de la culture de 1971 à 1977. En 1975, il prenait la direction du comité d’entreprise d’Air France, avant de bénéficier d’une retraite anticipée en 1982. Il demeura communiste, mais de plus en plus critique vis-à-vis de l’évolution du PCF qui lui semblait avoir oublié ses racines léninistes.

Sources :

  • dossier de personnel,
  • archives de la MJC, et entretien avec Roger Bruley, Corbeil-Essonnes, décembre 2000.
  • Laurent Besse, Les MJC (1959-1981) : Etat, associations, municipalités, thèse sous la direction d’Antoine Prost, univ. Paris I, 2004.


Documents d'archives

Divers Documents d’archives
FFMJC | CMJCF | Contact | Espace privé |

Site réalisé avec SPIP + ALTERNATIVES

RSSfr