Georges DENVIOLET(dit "Géo")

Né à Paris le 2 mai 1921. Mort à Bayonne (Pyrénées- Atlantique) le 7 janvier 1974. Français libre, résistant dans la Loire, déporté à Buchenwald, directeur d’une des premières Maison de jeunes à Annecy puis délégué régional de la FFMJC.

Orphelin très jeune, Georges Denviolet fut élevé à Brest par une grande tante. Il fréquenta le collège technique et pratiqua le scoutisme. C’est avec d’autres scouts qu’il gagna l’Angleterre sur un bateau de pêcheurs en 1940. Il s’engagea dans les FFL et reçut une formation de parachutiste. Il fut envoyé en mission près de Roanne en novembre 1942 mais subit un grave accident : le parachute resta bloqué lors du largage et Georges Denviolet fut projeté contre l’avion. Il fut grièvement blessé à la tête et au dos. Recueilli et soigné, il effectua sa mission de liaison avec les groupes de résistants locaux pendant six mois. Poursuivi par la Gestapo, il chercha à regagner l’Angleterre via l’Espagne. Trahi par un passeur, il fut arrêté, emprisonné puis déporté à Buchenwald en mai (juin ?) 1943. Rapatrié au printemps 1945, son état nécessita deux mois d’hospitalisation à Paris. Il retourna à l’été 1945 en Angleterre pour épouser sa fiancée dont la famille, membre des Amis de la France libre, l’avait accueilli en permission pendant sa formation de parachutiste. En 1946, il fut fait chevalier de la Légion d’honneur à titre militaire, décoration remise par Vincent Auriol.

Pendant sa déportation, Georges Denviolet avait appartenu à un groupe de déportés qui s’étaient intéressés aux questions éducatives, en particulier à la réforme pédagogique. Alors qu’il était hospitalisé à Paris au printemps 1945, il avait pris contact avec la République des jeunes (future Fédération française des Maisons des jeunes et de la culture), fondée autour d’André Philip. A l’automne 1945, il fut envoyé par cet organisme auprès de la Maison des jeunes de Caen pour y effectuer un stage de directeur de trois mois. En février 1946, il arriva à Annecy pour y animer une Maison des jeunes. Annecy connaissait alors une intense activité d’éducation populaire, autour du Centre éducatif des Marquisats. Ce centre fondé par le comité départemental de Libération était animé par des résistants venus pour certains des équipes volantes d’Uriage (Jean Le Veugle* le directeur) ou des Glières. Ils avaient fondé en parallèle Peuple et Culture de Haute-Savoie. Le centre des Marquisats menait son action en liaison étroite avec les organisations syndicales pour lesquelles il organisait de multiples stages. Un projet de Maison des jeunes y avait également vu le jour et une association présidée par Georges Malinjoud avait été fondée en janvier 1946.

Après trois mois de présence à Annecy, Georges Denviolet ouvrit en mai 1946, la Maison des jeunes dans le local très vétuste qui avait été accordé à l’association. Lui-même et sa famille étaient logés dans une pièce unique du même immeuble, dans des conditions d’une extrême précarité. Denviolet réussit, en dépit de multiples difficultés matérielles et morales, à attirer un petit groupe de jeunes qui formèrent le premier noyau d’animateurs. Des activités de plein-air, de théâtre, des cercles d’études étaient régulièrement organisés. Progressivement la MJC se structura et prit sa place dans l’ensemble culturel et éducatif annecien.

Georges Denviolet continuait à souffrir de phases de dépression et d’épuisement physique, séquelles de la période de la guerre. En 1950, il assura le transfert de la MJC dans les locaux des Marquisats, suite à la suppression du centre éducatif, victime à la fois des restrictions budgétaires et de ceux qu’inquiétaient les menées « subversives » d’un centre d’éducation populaire. La fédération française des MJC (FFMJC) intervint et réussit à préserver certaines des activités du centre éducatif, en particulier les stages. En 1953, Georges Denviolet abandonna la MJC des Marquisats, confiée à Marc Malet*, pour le poste de délégué régional de la FFMJC pour le Sud-ouest. Les responsables de la FFMJC estimaient que cette fonction, qui relevait davantage de la coordination et l’administration, serait plus à même de ménager son état de santé. Cette position était discutable, surtout si l’on songe que Georges Denviolet devait prendre en charge depuis Biarritz -où la famille s’installa- l’ensemble des régions comprises entre Tours et la frontière espagnole. Au cours des quinze années suivantes, il participa à la création de nombreuses MJC, surtout lorsqu’à partir de 1959, ces institutions connurent un grand essor, favorisé par le soutien des pouvoirs publics. Un premier infarctus en 1964 ralentit toutefois ses activités. Devant la crise qui secoua la FFMJC à la fin des années 60, Georges Denviolet éprouva un profond malaise. Il était attaché à la FFMJC qui subissait les attaques des ministres Missoffe puis Comiti mais comprenait mal l’attitude des nouvelles générations de directeurs entrés à la fédération depuis le début de la décennie. Sa méfiance vis-à-vis du syndicat CGT, largement majoritaire chez les directeurs, se doublait d’interrogations au sujet de l’idéal éducatif des MJC, vingt ans après leur création.

En 1969, il fit le choix de la scission, suivant en cela André Philip*, le délégué général Lucien Trichaud* et la majorité de ses collègues délégués. Il rejoignit l’UNIREG (Union des fédérations régionales de MJC) qui acceptait de se conformer aux exigences du gouvernement, à la différence de la FFMJC « maintenue », où l’influence communiste grandissait. Ce choix était minoritaire dans les MJC, comme chez les directeurs. Georges Denviolet exerça à partir de 1970 ses fonctions de délégué pour le compte de la fédération des MJC UNIREG d’Aquitaine. Il dut rapidement faire face aux difficultés financières qui menaçaient les activités fédérales et le financement de son emploi de délégué. Il aspirait à exercer enfin, à plus de cinquante ans, un emploi normal, loin de l’incertitude et des emplois du temps élastiques qui avaient été les siens, comme directeur puis délégué. Début 1973, il quitta l’UNIREG et trouva difficilement un emploi de cadre dans une société de gardiennage. Il fut frappé par un deuxième puis un troisième infarctus, avant de décéder quelques mois plus tard, le 7 janvier 1974.

Sa disparition fut la première parmi le noyau d’hommes, directeurs devenus délégués, qui avaient bâti les MJC depuis les origines. Elle fut à ce titre perçue comme la fin d’une époque, marquée par l’engagement total d’un petit groupe d’hommes pour qui l’expérience des MJC prit souvent l’aspect d’un choix existentiel. Ses collègues ont souligné l’idéalisme d’un homme et une gentillesse qui le rendait sans défense. Sans doute, Georges Denviolet était-il davantage l’homme des premiers temps des MJC marqués par une foi profonde dans leur œuvre éducative que celui des MJC institutionnalisées, dont les combats et les enjeux lui restaient étrangers.

SOURCES :

  • Arch. FFMJC, dossier de personnel.
  • Entretiens avec Paul Jansen et Marc Malet.
  • Jean Le Veugle, « Georges Denviolet, créateur de la première maison des jeunes d’Annecy », Annesci, n° 21, 1978, p. 155-159.


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