Pierre Julien Marie CASALAYOU

Né le 7 juillet 1909 à Evreux (Eure), mort le 27 juillet 1968 à Château-du-Loir (Sarthe) ; instituteur, professeur de collège, militant socialiste de la Sarthe, fondateur d’une MJC puis responsable fédéral des MJC.

Fils d’un couple de domestiques de l’évêque d’Evreux, Pierre Casamayou naquit dans cette ville en 1909 avant que la famille ne rejoigne le Béarn familial. Il suivit une scolarité dans l’enseignement libre avant d’entrer en 1926 à l’Ecole normale d’instituteurs (publics) de Lescar (actuelles Pyrénées atlantiques). Sa formation d’instituteur achevée, il prit un poste de surveillant à l’ENP de Tarbes (Hautes-Pyrénées). Il fit la rencontre d’une collègue originaire de ce département, qu’il épousa en 1935, avant de s’installer à la rentrée suivante à Bessée sur Braye, dans la Sarthe, déficitaire en instituteurs. L’année suivante, le couple obtint sa mutation pour Château-du-Loir, où ils menèrent le reste de leur carrière d’enseignants, tout en multipliant les engagements politiques et culturels.

Pierre Casamayou participa activement à l’accueil des réfugiés espagnols à Château-du-Loir. Membre de la SFIO avant 1935, il publia de nombreux articles dans La République sociale de l’Ouest, ainsi que quelques-uns dans Le Populaire, tout en étant correspondant local de l’Ouest-Eclair. L’article du 16 février 1939 dans Le Populaire « A la pointe du combat » réclamait l’application des lois laïques en Alsace-Lorraine et déclencha des réactions dans la presse de droite (L’Action française, 20 février, La Lorraine 26 février 1939). Secrétaire de l’Ecole socialiste fédérale créée en octobre 1938, il fut délégué de la Sarthe au congrès extraordinaire de Montrouge en décembre 1938 et au 36ème congrès de Nantes en mai 1939. Le 19 février 1939, il fut désigné secrétaire fédéral-adjoint de la Sarthe. A ce titre, il accueillit Léon Blum, lors d’un grand meeting au Mans, le 14 mai 1939. Casamayou appartenait à la tendance Paul Faure et revendiquait son pacifisme.

En 1944, il écrivait qu’il avait « toujours respectueusement admiré le leader du parti SFIO sans pour cela entièrement partager ses idées, surtout en politique extérieure ». Le 1er septembre 1939, il partit rejoindre son affectation en Tunisie, comme sous-lieutenant, mais jura aux siens qu’il « ne ferai[t] jamais plus de politique militante et que devant la faillite complète de [ses] idées de paix, de justice internationale et de fraternité des peuples, [il] se contenterait -s’[il] revenait un jour- de cultiver [son] jardin ». Il s’occupa, semble t-il, d’activités culturelles locales pendant l’Occupation, reprit des études universitaires et n’eut pas d’activités résistantes, laissant transparaitre un profond désabusement dans des déclarations. Cette attitude explique sans doute sa convocation le 22 octobre 1944 à Château-du-Loir devant une commission du SNI (ou de la SFIO ?) devant laquelle il défendit son attitude, face aux accusations de défaitisme. Il n’eut plus de responsabilités politiques ou syndicales après 1944.

Devenu professeur de lettres au collège de Château-du-Loir, il s’investit dans de nombreuses activités annexes : correspondant local de presse, cours du soir pour les apprentis, création d’un syndicat d’initiative et d’une société hippique. Mais sa grande réalisation est la création de la MJC de Château-du-Loir en 1952, à partir d’une vieille société de gymnastique transformée en association d’éducation populaire en 1948. Première MJC dans la France de l’Ouest, où la question laïque demeurait plus sensible qu’ailleurs, la maison de Château-du-Loir devint rapidement, pour la fédération des MJC, une référence en matière d’action culturelle dans les petites villes. Jeunes et adultes édifièrent de leurs mains entre 1958 et 1960 un bâtiment conçu par deux architectes parisiens. Comprenant une petite salle de théâtre-cinéma, en plus des ateliers et du foyer, il a pu être considéré comme un prototype.

Directeur bénévole, Casamayou devint directeur permanent de la fédération des MJC en septembre 1960, avant de prendre les fonctions de délégué régional pour l’Ouest en 1965. En pleine période d’essor des MJC, il contribua à la création de nombreuses maisons en Normandie et Bretagne. Mais son activité fut réduite par la maladie qui le toucha à partir de 1967 et dont il devait décéder en juillet 1968. Sa disparition fut d’autant plus douloureusement ressentie que dans la grave crise interne qui secouait la fédération des MJC depuis 1967, sur fond de conflit avec le ministère de la Jeunesse et des Sports, Casamayou apparaissait comme une figure capable de concilier les divers courants qui s’opposaient : élus bénévoles contre professionnels soudés autour de la CGT, délégués contre directeurs, décentralisateurs contre centralisateurs, oppositions qui devait déboucher sur la scission d’avril 1969 et la création en 1971 de l’UNIREG (Union des fédérations régionales de MJC) autour de Lucien Trichaud*.

Sources :

  • Dossier de personnel, archives de la FFMJC
  • Documents fournis par Michelle Casamayou : coupures de presse, manuscrits.
  • Divers articles dans Pas-à-pas. Laurent Besse


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